À l’occasion de la deuxième édition du Global Digital Forum (GDF), le ministre de l’Économie numérique de la République démocratique du Congo, Augustin Kibassa Maliba, a multiplié les rencontres avec les autorités russes, les entreprises technologiques et les institutions spécialisées.
Du 7 au 10 octobre, cette mission de travail a permis d’explorer plusieurs pistes de coopération dans les domaines des infrastructures numériques, de la cybersécurité, de l’intelligence artificielle, de la digitalisation des services publics et du développement des compétences locales.
L’objectif est de renforcer la souveraineté numérique de la République Démocratique du Congo et de contribuer à la réalisation de la vision du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, de faire de la RDC une nation digitale prospère à l’horizon 2030 et un hub technologique au cœur de l’Afrique.
Skolkovo, une expérience au service du futur technopole de Kinshasa
La mission a débuté le 7 octobre par la visite du Skolkovo Innovation Center, l’un des principaux pôles technologiques russes, souvent présenté comme la Silicon Valley russe. Le ministre et sa délégation ont pu découvrir son écosystème d’innovation, ses espaces de travail, ses hubs technologiques et les programmes destinés à accompagner le développement des entreprises.
Cette visite revêt un intérêt particulier pour la RDC, qui prépare la construction d’un technopole et d’un centre de données souverain dans la zone d’extension de Kinshasa.
L’expérience russe pourrait ainsi inspirer la conception de ces infrastructures stratégiques, appelées à soutenir la recherche, l’innovation et l’émergence de nouvelles entreprises technologiques congolaises.
Le 8 octobre, le ministre Kibassa Maliba a également participé à un atelier sur la gouvernance numérique en Afrique, organisé par le Centre des études africaines de l’Université de hautes études économiques. Les échanges ont porté sur la coopération entre les États, les universités et les entreprises, ainsi que sur l’adaptation des réglementations aux évolutions technologiques. L’expérience du Kenya dans les paiements mobiles et la régulation des cryptomonnaies a notamment illustré les possibilités d’innovation offertes par des cadres réglementaires adaptés.
Cybersécurité, investissements et formation : des partenariats en perspective
En marge du forum, Augustin Kibassa Maliba a eu des échanges avec plusieurs acteurs majeurs de l’écosystème numérique russe.
Avec Yuliya Shlychkova, vice-présidente de Kaspersky chargée des affaires gouvernementales et des politiques publiques, les discussions ont porté sur les possibilités de coopération en matière de cybersécurité et de développement des compétences congolaises.
La rencontre avec Vladimir Ilyanin, Directeur Général chargé du développement commercial en Afrique subsaharienne chez Sberbank, a permis d’explorer les possibilités de financement des entreprises russes souhaitant proposer des services numériques en RDC.
La banque soutient déjà des initiatives numériques sur le continent, notamment dans la santé digitale au Madagascar et la formation aux compétences avancées en intelligence artificielle et en science des données au Congo-Brazzaville.
Le ministre s’est également entretenu avec Christina Amor Maclang, secrétaire générale de l’Association internationale des économies numériques (IDEA). Cette organisation entend développer des synergies avec la RDC autour de l’innovation, de l’entrepreneuriat, de la finance numérique et de la coopération transfrontalière.
La souveraineté numérique au cœur des échanges de haut niveau
Les séances plénières du Global Digital Forum ont constitué un autre temps fort de la mission congolaise.
Le 9 octobre, une session consacrée à la souveraineté numérique, avec la participation de Sergueï Kirienko, premier directeur adjoint du cabinet de la présidence russe, a mis en évidence l’importance pour les États de maîtriser leurs données, leurs infrastructures et leurs solutions technologiques. Les expériences présentées par la Russie, le Cuba, le Nigeria et l’Algérie ont notamment souligné le rôle des plateformes nationales, de l’intelligence artificielle, de la formation et des infrastructures dans la construction de cette autonomie.
Le 10 octobre, lors d’une séance consacrée à l’économie des plateformes, Maxim Oreshkin, directeur de cabinet adjoint de la présidence russe, a insisté sur les enjeux économiques et stratégiques liés à la dépendance envers les plateformes étrangères. Il a également évoqué les possibilités de coopération avec les pays souhaitant développer leurs propres solutions numériques.
Au cours des échanges avec le responsable russe, Augustin Kibassa Maliba a salué une approche fondée sur le partenariat et le respect de la souveraineté des États. Il a exprimé le souhait de renforcer les contacts directs entre les entreprises russes et les acteurs congolais du numérique afin de transformer les possibilités de coopération en projets concrets.
Moscou ouverte à une coopération technologique avec la RDC
La rencontre du 10 octobre avec Bella Cherkesova, vice-ministre russe du Développement numérique, des Communications et des Médias de masse, a permis d’approfondir les perspectives de coopération bilatérale.
Plusieurs domaines ont été identifiés, notamment la cybersécurité, la connectivité par satellite, la digitalisation de l’administration, la signature électronique, l’identification biométrique et la gestion des données à caractère personnel.
Des entreprises russes, dont T8 dans le domaine des télécommunications et Positive Technologies dans celui de la cybersécurité, ont manifesté leur intérêt pour le marché congolais. Positive Technologies s’est notamment dit disposée à contribuer à la sécurisation des systèmes numériques et à la formation de spécialistes congolais.
La RDC a par ailleurs été invitée à participer à la prochaine édition de l’événement international Positive Hack Days, prévue en mai 2027.
La coopération envisagée concerne également le développement du capital humain. Quatre universités russes se sont déclarées prêtes à proposer des bourses aux étudiants congolais, tandis que le Centre des études africaines a évoqué la possibilité de mettre en place des programmes de formation adaptés aux besoins des agents de l’État en RDC.
La RDC mise sur ses réformes et ses priorités nationales.
Présentant les avancées réalisées par son pays, Augustin Kibassa Maliba a rappelé les étapes importantes de la transformation numérique congolaise : le Plan national du numérique, l’adoption du Code du numérique en 2023 et la création du ministère de l’Économie numérique en 2025.
Il a également évoqué les efforts engagés pour accélérer la digitalisation des services publics, renforcer les capacités nationales en cybersécurité et mettre en place les mécanismes nécessaires à la certification électronique et à la gestion du nom de domaine national.
Le ministre a accueilli favorablement les propositions formulées par la partie russe, tout en soulignant la nécessité de définir les besoins prioritaires de la RDC. Il a proposé que les experts des deux pays travaillent ensemble pour identifier les projets à mettre en œuvre et faciliter leur prise en charge par les entreprises spécialisées.
Une attention particulière a été accordée au développement de hubs d’innovation dans les universités et à travers les territoires, afin d’encadrer les initiatives des jeunes, d’accompagner les startups et de favoriser la production de solutions technologiques adaptées aux réalités congolaises.
Trois priorités pour concrétiser la coopération RDC-Russie
Au terme de cette mission à Moscou, trois axes majeurs se dégagent pour orienter la coopération numérique entre les deux pays :
1. le développement de plateformes souveraines,
2. l’interopérabilité des systèmes d’information et
3. Le renforcement du capital humain.
À travers ces priorités, la RDC entend tirer profit des expériences et des compétences disponibles à l’international, tout en renforçant ses propres capacités technologiques.
Prochaine étape : le sommet Russie-Afrique.
À l’issue de cette mission, Augustin Kibassa Maliba est attendu à Moscou par ses partenaires russes à l’occasion du prochain sommet Russie-Afrique. Cette nouvelle rencontre devra lui permettre de concrétiser les pistes de coopération identifiées et de passer à la signature de partenariats gagnant-gagnant entre la RDC et les entreprises russes du secteur numérique.
Une étape importante pour transformer les échanges engagés en projets concrets et accélérer la transformation numérique de la République démocratique du Congo.
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